
La géothermie n’est pas une technologie nouvelle. En France, la première installation emblématique a été mise en service dès 1963 à la Maison de la Radio, à Paris. Fondée sur un forage profond dans l’aquifère de l’Albien, elle a fonctionné pendant près de quarante‑cinq ans avant d’être entièrement repensée en 2011, pour évoluer vers un système réversible, capable de produire à la fois du chauffage et du froid sans utilisation de combustibles fossiles, mieux adapté aux usages contemporains et au réchauffement climatique.
C’est à la lumière de cette longue histoire — et des enseignements tirés de plusieurs décennies de retours d’expérience — qu’il convient aujourd’hui d’interroger le projet de centrale de géothermie profonde prévu au Panorama de Fontenay‑aux‑Roses, combinant deux puits dans l’aquifère du Dogger et une chaufferie à gaz de forte puissance, révélant d’emblée une dépendance structurelle aux énergies fossiles pour plusieurs décennies, correspondant à la durée d’amortissement de l’installation et à la période de concession du réseau, estimée entre 30 et 35 ans.
Avant d’engager des investissements lourds dans des infrastructures industrielles complexes, il est essentiel de rappeler une réalité souvent passée sous silence : il existe déjà des leviers simples, éprouvés et cumulables permettant de réduire très fortement les émissions de CO₂ liées au chauffage tout en diminuant la facture énergétique des ménages.
Ces leviers sont connus, accessibles, rapides à mettre en œuvre, et ne nécessitent ni artificialisation des sols, ni équipements lourds, ni dépendance à des systèmes centralisés.
De manière générale :
Pris ensemble, ces leviers permettent d’atteindre ou d’approcher une réduction de l’ordre de 40 à 50 % de la consommation de chauffage, et donc des émissions de CO₂ associées — sans augmentation de la facture, bien au contraire.
Face à ces chiffres, la promesse climatique d’un projet de géothermie profonde coûteux et complexe apparaît profondément déséquilibrée : on augmente le prix fixe de l’énergie pour atteindre des gains que des solutions simples permettent déjà d’obtenir en grande partie, tout en améliorant le pouvoir d’achat des habitants.
Ces constats prennent encore plus de sens dans le contexte climatique actuel :
Or le projet de géothermie profonde porté à Fontenay‑aux‑Roses repose sur un modèle ancien, centré quasi exclusivement sur le chauffage, conçu pour un climat et des usages du XXᵉ siècle.
Les projets les plus récents et les plus performants évoluent aujourd’hui vers :
Dans ce contexte, persister dans un modèle lourd, non réversible et coûteux apparaît de moins en moins pertinent.
Le projet est présenté comme vertueux sur le plan environnemental, mais sa performance réelle et son impact financier pour les habitants posent question.
Les projections tarifaires avancées (75 à 85 €/MWh) sont très nettement inférieures aux coûts observés sur des réseaux comparables exploitant le Dogger, où les tarifs dépassent fréquemment 140 €/MWh.
À terme, ce sont donc des usagers captifs — volontaires ou contraints — qui supporteraient le risque économique, dans un contexte où les besoins de chauffage diminuent structurellement. Une telle trajectoire expose la collectivité à des coûts durables et potentiellement croissants, sans garantie de performance climatique à la hauteur des promesses.
De plus,si les contrats entre les usagers et la société Géosud 92 ne sont pas renouvelés au bout de 15 ans, les garanties financières données par les villes sront mise en oeuvre.
Le site du Panorama n’est pas un site ordinaire. Il s’agit :
Il faut le dire clairement : il n’existe pas aujourd’hui d’autre site disponible à Fontenay‑aux‑Roses pour implanter une centrale de géothermie profonde. Ce constat rend le choix effectué d’autant plus déterminant, puisqu’il conduit de facto à sacrifier un espace naturel emblématique.
Or l’analyse des projets voisins montre une constante nette : aucune autre collectivité n’a fait ce choix.
Partout ailleurs, les collectivités ont privilégié des zones techniques, industrielles ou déjà dégradées, précisément pour éviter toute atteinte à des espaces naturels ou paysagers.
Le projet de Fontenay‑aux‑Roses constitue ainsi une exception locale, fondée sur un choix politique assumé : transformer un site naturel sensible en site industriel, là où les territoires voisins ont fait exactement l’inverse.
Enfin, le projet tel qu’il a été conduit par l’équipe précédente souffre d’une analyse d’impact manifestement insuffisante, qui ne prend pas pleinement en compte :
Ces lacunes sont d’autant plus préoccupantes que les difficultés techniques du Dogger sont connues et documentées : colmatage des puits, baisse de performance, dépendance durable aux appoints fossiles, dérives de coûts. Elles n’ont pourtant pas été sérieusement intégrées au projet local.
Ce projet apparaît aujourd’hui comme l’héritage d’une vision ancienne, marquée par la bétonisation, la surdensification et les grands projets industriels imposés, plutôt que comme une réponse réellement adaptée aux défis climatiques et sociaux à venir.
La nouvelle équipe municipale a l’opportunité d’ouvrir un autre chemin : celui d’une écologie pragmatique, protectrice du patrimoine naturel, attentive aux coûts pour les habitants, et tournée vers des solutions sobres, modernes et réversibles comme la géothermie faible profondeur.
Fontenay‑aux‑Roses n’a pas besoin de sacrifier le Panorama pour agir pour le climat. Elle a besoin d’une vision lucide, tournée vers l’avenir — et d’une équipe municipale qui soit celle qui sauve et valorise durablement ce patrimoine unique.
Laurent Vandamme Suzanne Bourdet